29 Juillet

Histoire
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Du raisin sauvage dès la préhistoire :

On pourrait presque se demander qui du Big-Bang ou du vin s'est manifesté en premier. En effet, des empreintes de feuilles de vigne retrouvées près de Montpellier (Castelnau) et datant du Miocène témoignent de l'existence de vigne sauvage durant cette troisième période de l'ère tertiaire.

Il faudra attendre quelques dizaines de milliers d'années et glaciations avant que la vigne ne revienne dans la conversation. En fait de conversation, il s'agit de la Bible où l'on trouve la première mention de la culture de la vigne, quelque temps après le Déluge. Il semble bien que Noë fût alors le premier vigneron:

Genèse 9, 20-22 : "Noë, le Cultivateur, commença de planter la vigne. Ayant bu du vin, il fût enivré."

L'Antiquité : viticulture et Empire Romain :

Même si les recherche tendent à prouver que le raisin sauvage était présent durant la préhistoire (des pépins ont été retrouvés sur les sites de fouille dans des cavernes) l'histoire du vignoble du Languedoc-Roussillon ne commence qu'à partir de l'antiquité.
Au VII° S. avant J.C., les Gaulois ignoraient la viticulture. C'est vers le milieu de ce siècle que les premiers trafiquants étrusques proposent aux populations locales des amphores vinaires et des vases à boire en échange de métaux utilisés dans la fabrication des bronzes. Bientôt arrivent sur les mêmes bateaux des amphores de vins grecs. La consommation se diversifie. Cette consommation de vin marque un aspect fondamental de l'hellénisation de la Gaule. Vers l'an 600 avant J.C., la diffusion des vins grecs a pris de plus en plus d'importance et va conduire à la naissance du premier vignoble Gaulois à Marseille.

Le vignoble de Marseille va connaître une prospérité exclusive durant 400 ans. Après cette période, Rome va devenir de plus en plus puissante. Des marchands italiens sillonnent la Gaule et le vin italien va dominer le marché Gaulois. Au 1er siècle avant J.C., les importations de vin italien sont extrèmement importantes. Il suffit pour s'en convaincre de constater le nombre d'amphores vinaires datant de cette époque qui ont été retrouvées. L'économie viticole du Midi prend son essor à partir du règne d'Auguste. Les légionnaires vétérans reçoivent des terres dans la Narbonnaise sur lesquelles ils vont cultiver la vigne. Le vignoble s'étend autour des villes portuaires, le long des fleuves et jusqu'aux Cévennes. Le vignoble de la Narbonnaise prend une telle importance que l'administration romaine légifère pour protéger les intérêts des vignerons d'origine romaine en interdisant au "non-romains qui habitent ces territoires" de planter l'olivier et la vigne.

Les vins étaient exportés dans tout le bassin méditerranéen dans des amphores. Cicéron et Pline le Jeune citent ces vins. Pline l'Ancien évoque au 1er Siècle ce qui est aujourd'hui la Clairette du Languedoc. Tite Live dans son Histoire Romaine évoque les vins blancs de Limoux qui étaient à cette époque des vins tranquilles. Pline encore nous apprend que, en ce qui concerne les productions de Béziers, "..leur réputation faisait autorité dans les Gaules". Apparemment même au-delà puisque des amphores portant l'inscription "Vin de Béziers" ont été retrouvées à Rome.

La Gaule Narbonnaise va compter jusqu'à 41 ateliers d'amphores à vin, amphores qui permettaient le transport du vin. Au début, ces amphores étaient influencées par les formes grecques ou italiennes mais bientôt, un modèle Gaulois va s'imposer dans tout le Midi durant les trois premiers siècles de notre ère. Ces amphores, fragiles, étaient enveloppées de paille et bouchées au moyen d'un bouchon de liège.

Chute de l'Empire Romain et quasi disparition de la viticulture :

La viticulture qui avait tellement prospéré sous l'Empire Romain va régresser jusqu'à presque disparaître après la chute de celui-ci.

L'occitanie est alors occupée par les Wisigoths qui fondent un royaume et se maintiennent entre Carcassonne et le Rhône jusqu'au milieu du VIII° S. Les Francs de Clovis veulent eux aussi conquérir ces terres. Ils battent les Wisigoths à Vouillé en 507. A pertir de là vont s'ensuivrent des siècles de razzias jusqu'à ce que ces terres du Sud soient annexées par les Francs. Malheureusement, ces dévastations perpétuelles ont fini par quasiment anéantir le vignoble Romain. Charles Martel aggravera encore la situation; il pénètre en Septimanie en 737. Charlemangne, quant à lui, après s'être constitué un empire, décide de limiter la culture de la vigne pour favoriser celle des céréales, nécessaires à la survie du peuple.

A cette époque, des monastères et des abbayes sont fondés. Ce sera grâce aux moines que le vignoble survivra au haut Moyen-Age. Lorsque l'empire de Charlemagne va se désagréger, les terres qu'il avait conquises vont reprendre leur indépendance.
Libérée du joug Franc, la région va connaître une période de prospérité. Deux facteurs contribuent essentiellement à ce développement:

Le facteur religieux :

En effet, les moines bâtisseurs du Moyen-Age jouent un rôle déterminant dans le développement des plantations de vigne. Très souvent, avant de bâtir une église, on cherchait d'abord un terrain où l'on pourrait planter la vigne. Au VIIe siècle, les Bénédictins fondent une abbaye à Saint-Hilaire. C'est là qu'en 1531, un moine découvre la mutation du vin tranquille en vin effervescent. Le premier brut du monde était né, appelé aujourd'hui Blanquette et Crémant de Limoux.

Le facteur démocrate et corporatiste :

Si le Moyen-Age du Nord de la France est souvent dépeint comme une période obscurantiste où le paysan est asservi, il n'en était pas de même dans le Sud de la France. Les paysans pouvaient acquérir les terres qu'ils cultivaient. Les propriétaires, quelque soit la taille de l'expoitation pouvaient se grouper et former des Corporation dont les statuts étaient soumis à ses membres et aussi au consul de la ville qui avait été démocratiquement élu. Les corporations établissant des contacts les unes avec les autres, cela favorisa le développement du commerce. Les produits des vignobles sont alors exportés vers l'Italie, l'Angleterre et la France.

Des documents de l'époque évoquent le développement et de la vie du vignoble en Languedoc-Roussillon. La Clairette du Languedoc est évoquée dans les comptes du sommelier de Louis XI qui distingue le Cleratz (vin blanc doux) et le Picquardentz (vin blanc sec). Dans la région du Malepère, on trouve un contrat de fermage de vigne datant de 1096 et des titres de propriété des archevêques de Narbonne sur le cellier du Château de Routier datant de 1317.

Malheureusement, cette période de prospérité prendra fin au début du XIII° S. lorsque le Pape Innocent III expédie ses Croisés pour anéantir l'hérésie Cathare. En 1229, une partie du Bas-Languedoc est rattachée à la France, le reste en 1271. Vient ensuite la Guerre de Cent Ans...

Les Guerres de Religion :


Les troubles débutent en 1562. Le Languedoc occidental reste aux Catholiques mais les Cévennes et le littoral du Bas-Languedoc sont Calvinistes. Cette guerre de religion va ruiner la région. Une certaine période de 'détente' apparaît après la conversion d'Henri IV et la promulgation de l'Edit de Nantes. La culture de la terre (et donc de la vigne) peut reprendre.

La prospérité commerciale :

Au milieu du XVII° S, Louis XIV veut un port pour le Languedoc. Il souhaite restaurer l'ancienne prospérité commerciale de la région. La construction du Port de Sète commence en 1666. Le commerce y devient vite important. En 1681, la réhabilitation du Canal du Languedoc qui ouvre vers l'intérieur des terres renforce encore Sète. Très vite, la principale ressource du port est l'exportation des vins et eaux-de-vie.

La construction du Canal du Midi par Pierre-Paul Riquet à la fin du XVIIe S. va ouvrir la voie au transport des vins et des alcools, y compris vers la Hollande. Malgré des années de prospérité, la fin du XVII° S est marquée par les mesures entreprises contre les protestants, entraînant une forte émigration (Par ex. avant la révocation de l'Edit de Nantes, il y avait 300 chefs de famille à Mauguio - Entre 1700 et 1710, il en reste moins de 80).
Faugères, haut lieu de la Réforme, subit les Dragonnades et les destructions consécutives à la Révocation de l'Edit de Nantes et ce n'est qu'après la Révolution qu'elle pourra se consacrer vraiment à sa vocation première, la culture de la vigne.

Après la chute de l'Empire Romain, l'usage du bouchon en liège s'était perdu, les vins ne pouvaient plus vieillir et, tournant en vinaigre en quelques mois, étaient consommés très jeunes. C'est en 1690 que le fameux Dom Pérignon expérimenta l'alliance du bouchon de liège et de la bouteille de verre.

Quand la Nature s'en mêle !

En 1708, la guerre civile est terminée mais c'est la nature qui prend le relais en faisant s'abattre un hiver rigoureux au point que le gel tue une partie du vignoble (mais surtout les oliviers). La vendange 1709 est alors catastrophique.

Au début du XVIII° S. après la guerre civile, les pertes de récoltes, les Dragonnades et les oliveraies décimées, beaucoup de terres ont été abandonnées. Des mesures sont prises par le roi pour favoriser la reprise de la terre. La culture de l'olivier ayant été décimée, les paysans vont se concentrer sur celle de la vigne.

Dans le Cabardès, le XVIIIe siècle accompagne l'essor de l'industrie textile, des mégisseries et des mines. Les ouvriers sont recrutés sur place et les salaires ne suffisent pas à nourrir les familles. La pratique de la double activité favorise l'éclosion de petites propriétés à côté de grands domaines.

En Corbières, la croisade des Albigeois au XIVe S. avaient semé la désolation, il faudra attendre le XVIIIe siècle pour une reconquête de ses vins que l'on trouve alors jusqu'en Russie ou en Ecosse.

La révolution française :

Si la Révolution Française représente la période de l'abolition des privilèges, elle marque aussi celle d'une centralisation accrue du pouvoir. Paris devient la France avec la loi Le Chapelier de 1791 qui supprime les corporations. Les Sociétés d'Agriculture elle-mêmes sont supprimées par la Convention. Cela va affecter la viticulture et lui imposer des moments difficiles.

De plus, à partir de 1793 la guerre extérieure va accentuer les difficultés économiques (suppression des exportations). Le Languedoc est tellement touché qu'en 1798, sous le Consulat, le Ministre de l'Intérieur revient sur les mesures prises par la Convention Nationale en relançant les anciennes Sociétés d'Agriculture qui deviennent alors les Sociétés Libres d'Agriculture. Cette décision permet de redonner un nouvel élan à la viticulture du Languedoc.

Invention d'Edouard Adam : l'almabic :

Durant la première moitié du XIX° S, la viticulture Languedocienne va connaître un essor important. Ce développement est dû en grande partie à l'invention d'un étudiant de Montpellier nommé Edouard Adam qui met au point l'alambic. Cette invention va en effet permettre d'augmenter les exportations viticoles sous un plus faible volume. Dans le même temps, le chemin de fer contribue lui aussi au développement du commerce. Pour répondre à la demande, la production augmente, les ports de Sète et Marseille exportent de plus en plus. Si bien qu'au milieu du XIX° S. la viticulture méditerranéenne est florissante.

L'Oïdium, le Phylloxera, le Mildiou : des maux terribles pour la vigne :

Malheureusement, en 1852 un mal sournois se répand sur la vigne sous la forme d'un champignon microscopique : l'oïdium. Bien que le remède sous fome de pulvérisation de soufre ait été trouvé dès 1855, il faudra attendre 1860 pour que les récoltes retrouvent leur niveau normal. Le répit sera de courte durée car en 1864 un nouveau fléau s'abat sur la vigne: le Phylloxera. Cet insecte microscopique détruit les vignes en piquant les racines et privant ainsi la plante de sa sève vitale. Le vignoble se meurt petit à petit. Les souches mortes sont arrachées et en 1873, 75% du vignoble est détruit. Les chercheurs finissent par constater que cet insecte dévastateur vient d'Amérique et surtout que là bas, les plants de vigne résistent au parasite. La solution consisterait donc à importer des plants américains sur lesquels on grefferait les plants français. Au prix de longs et couteux efforts, le vignoble va se reconstituer.

En 1878, à peine le vignoble est-il sorti des années noires du phylloxéra qu'un nouveau fléau pour la vigne fait son apparition, le mildiou, parasite d'origine américaine. Les recherches conduisent à la conclusion que le seul traitement contre le mildiou est un traitement préventif (une fois les feuilles où les grains attaqués, le parasite est inattaquable). En 1885, la "Bouillie Bordelaise" est mise au point (solution de sulfate de cuivre dans de l'eau à laquelle est ajouté du carbonate de chaux). A la fin du XIXe siècle, le vignoble est revenu à une production 'normale'.

Il est à noter que si ces trois fléaux ont rudement mis à l'épreuve le vignoble ils ont aussi contribué à faire naître parmi les vignerons une certaine solidarité, un 'esprit syndicaliste'. En 1884 les syndicats sont officiellement reconnus (loi sur les Associations Professionnelles) et vers 1900 les premières caves coopératives sont créées.

La fin des fraudes sur le vin dans un bain de sang :

Durant le siècle précédent, la fraude sur les vins n'a fait qu'amplifier malgré les demandes répétés des vignerons pour que des lois mettant fin à cette concurrence déloyale soient élaborées. Les fraudeurs qui utilisent du sucre de betterave pour sucrer le vin ou qui le mouillent, vendent ce vin frelaté à un prix très avantageux et portent un préjudice considérable aux vignerons. Enfin, en 1905, une loi est votée. Elle est claire et répond bien au problème de la fraude. Seul inconvénient: elle n'est pas appliquée. Paris a d'autres préoccupations. Ce désintérêt du pouvoir central va conduire à la révolte de 1907 et à ses événements tragiques.

Le mouvement, parti de l'Aude au printemps de 1907, s'étend rapidement. Des hommes comme Louis Blanc qui dirige le journal le TOCSIN ou Ferroul, maire de Narbonne, et Marcellin Albert membre du Comité d'Argeliers vont jouer un rôle important.

En Juin 1907, près d'un million de personnes se réunit à Montpellier. C'est l'épreuve de force avec le gouvernement de Clémenceau. Le pouvoir central face à une opposition régionaliste très forte. Des bagarres éclatent entre les forces de l'ordre et les manifestants.

Dans les jours qui suivent Clémenceau fait arrêter certains des leaders du mouvement. Le 19 Juin, des soldats tirent sur la foule à Narbonne. Quelques jours plus tard, un régiment composé de Languedociens se range du côté des manifestants. Il s'agit maintenant d'un véritable soulèvement. Clémenceau veut faire fusiller un révolté sur dix pour mater la rébellion. Pour éviter un bain de sang, un général fait parvenir un message rassurant à Clémenceau qui renonce à sa mesure criminelle. Louis Blanc, de son côté, convainq les soldats de regagner leurs casernes.

Quelques jours plus tard, le 29 Juin 1907, une loi est votée à l'Assemblée. Cette loi qui va plus loin que la loi de 1905 donne toute sa crédibilité au métier de vigneron en traquant la fraude sous tous ses aspects. Elle oblige à la déclaration en mairie des récoltes et des surfaces des vignes. Une taxe est appliquée aux sucres et glucoses. Les pratiques licites sur les vins sont énumérées, rendant par conséquent illicite les opérations non décrites. Les vignerons ont finalement gagné leur combat au prix d'une révolte et de vies humaines.


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